Quand on dirige une PME en croissance, on entend souvent les mêmes conseils : déléguer davantage, prendre de la hauteur, sortir de l’opérationnel, passer moins de temps dans l’entreprise et davantage de temps sur l’entreprise. Sur le principe, je suis d’accord avec tout cela. Dans la pratique, c’est souvent plus complexe.
Diriger au contact du terrain
Cela fait plus de dix ans que je dirige Firstcaution. Comme beaucoup d’entrepreneurs, j’ai construit cette entreprise en étant au contact de tout : les clients, les partenaires, les équipes, les projets, les problèmes à résoudre et les opportunités à saisir.
Avec le temps, l’entreprise a grandi, les équipes se sont renforcées et les responsabilités se sont réparties. C’est évidemment une bonne chose.
Ce dont on parle peu
Pourtant, il y a un aspect dont on parle peu. Lorsqu’on confie à d’autres des sujets que l’on a portés pendant des années, la difficulté n’est pas forcément une question de contrôle ou de confiance. Personnellement, ce n’est pas ce qui me retient : j’ai la chance d’être entourée de personnes extrêmement talentueuses, engagées et compétentes, qui font bien souvent les choses mieux que moi. C’est précisément ce qui permet à l’entreprise de grandir.
Il existe pourtant parfois une sensation plus subtile, comme un sentiment de laisser partir quelque chose qui nous a profondément animés. J’ai toujours aimé être proche du terrain : comprendre les besoins des clients, échanger avec les équipes, voir ce qui fonctionne et identifier ce qui peut être amélioré. C’est aussi cette proximité qui a permis à Firstcaution d’évoluer et d’innover au fil des années.
Le paradoxe, c’est que cette même proximité peut parfois rendre plus difficile le recul dont une entreprise a besoin pour continuer à grandir.
Le rôle du dirigeant évolue
À mesure que l’organisation se développe, le rôle du dirigeant évolue lui aussi. Il ne s’agit plus uniquement de répondre aux enjeux d’aujourd’hui, mais aussi de créer les conditions pour répondre à ceux de demain. C’est là que commence, selon moi, l’un des grands défis des PME en croissance.
Chez Firstcaution, nous évoluons dans un secteur qui se transforme rapidement : les attentes des clients changent, les technologies ouvrent de nouvelles possibilités et les standards de service évoluent sans cesse.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le problème n’est pas de trouver des idées. Elles ne manquent pas. Parce que nous sommes proches de nos clients, de nos partenaires et du marché, nous identifions en permanence des opportunités d’amélioration, de nouveaux services, de nouveaux outils ou de nouvelles façons de créer de la valeur. Les idées arrivent même souvent plus vite que notre capacité à les mettre en œuvre.
Explorer et exploiter en même temps
Et c’est probablement là que réside le véritable défi. Pendant que nous réfléchissons aux services de demain, nous devons continuer à délivrer ceux d’aujourd’hui avec le même niveau d’exigence : poursuivre notre croissance, renforcer nos processus, accompagner nos équipes, faire évoluer nos outils, répondre aux exigences réglementaires de notre métier et maintenir un haut niveau de qualité de service.
En d’autres termes, nous devons explorer et exploiter en permanence. Non pas l’un ou l’autre, mais les deux, et souvent avec les mêmes équipes.
C’est une réalité propre à beaucoup de PME : les ressources ne sont pas infinies, la bande passante non plus. Chaque nouveau projet mobilise du temps, de l’énergie et de l’attention, et chaque initiative prometteuse doit trouver sa place parmi toutes les autres priorités qui le sont tout autant.
La vraie rareté : la capacité d’absorption
Avec les années, j’ai compris que le rôle du dirigeant n’était pas seulement de prendre de bonnes décisions, mais aussi d’accepter que toutes les bonnes idées ne pourront pas être réalisées immédiatement.
Dans une entreprise innovante, la rareté n’est pas toujours l’inspiration. C’est souvent la capacité d’absorption de l’organisation : la capacité à exécuter sans s’éparpiller, à transformer sans épuiser les équipes, à continuer à délivrer un service d’excellence tout en préparant la suite.
Je continue à trouver cet exercice exigeant, parce que j’aime être proche du terrain, comprendre les détails, et parce que je reste convaincue que les meilleures idées naissent souvent au contact direct des réalités du marché.
Mais je sais aussi qu’une entreprise ne grandit pas uniquement grâce à sa capacité d’exécution. Elle grandit grâce à sa capacité à préparer ce qui vient ensuite.
Et finalement, c’est peut-être cela, le véritable défi de la croissance : construire demain sans ralentir aujourd’hui.
Adrien Galland
Céline Frey
Rafael